Le Brunch : Décryptage

December 24, 2016

Aujourd'hui, un nouveau type d'article : un décryptage d'une pratique alimentaire anglo-saxonne largement adoptée par les français : le brunch !

 

 

 

 

Le Brunch connaît un grand succès en France depuis les années 2000. Il tire son nom de la contraction entre le breakfast et le lunch d’outre-manche. Les académiciens français lui ont donné un nom français, mais en vain, la déjeunette ou le petit-déjeuner-déjeuner ne sont pas usités. On préfère prendre un brunch, ou bruncher pour être branché comme les britanniques et les états-uniens. Bien que l’idée soit originaire du Royaume-Uni, elle a été largement adoptée par les Etats-Unis, puis importée en France dans les années 1980. 

D’abord à l’hôtel, puis au restaurant et à la brasserie, il se pratique aujourd’hui à la maison. De plus en plus de français prépare leur brunch chez eux. On y invite même ses amis. Les prix pratiqués par les restaurateurs sont plutôt élevés, les plus aisés pourront toujours y aller, mais les autres ne sont pas exclus de cette pratique alimentaire. Ceux qui restent chez eux conservent l’idée des buffets proposés par les hôteliers, lorsqu’ils garnissent la table de la salle à manger avec de nombreux mets tous différents. On retrouve de plus en plus de produits consommés lors du brunch (pancakes, crumpets, muffins…) dans les hyper et supermarchés français, et qui plus est sous la bannière de la marque du distributeur. Si l’ambiance à la maison n’est pas la même qu’à l’hôtel, l’idée reste la même. 

Le brunch est un repas deux en un. Il est généralement consommé le weekend (quoique de plus en plus de gourmands s’y adonnent en semaine) entre onze heures et quinze heures, faisant le bonheur des hôteliers et des restaurateurs, désormais capables de couvrir des moments où la restauration était peu exploitée. C’est idéal pour les fêtards et les lève-tard. Tout le monde ou presque s’y retrouve. 

La composition du brunch est variable mais elle combine toujours les plats et les boissons des deux premiers repas de la journée. Les essentiels d’un brunch sont le jus d’orange, les œufs, le bacon ou le saumon, les viennoiseries, les toasts beurrés et tartinés de confiture, le tout accompagné d’un café, d’un thé ou d’un chocolat.

On remarque que certains essentiels du brunch sont des recettes françaises. Qui, mieux que les français, sait cuisiner ce que les anglophones appellent les frenchtoasts (pain-perdu) ? Si les français l’ont adopté, c’est peut-être parce qu’ils se sont retrouvés dans le brunch. Les viennoiseries, d'abord réalisées en France par des ouvriers viennois, font partie intégrante du patrimoine français. La maîtrise, chère à la France, de la fabrication du pain est indispensable aux toasts. Qui dit pain, dit fromage. Le fromage est un autre essentiel du brunch. Pas étonnant que les français et leurs trois cents soixante sortes de fromages se retrouvent dans la pratique du brunch. En France, en plus d’être souvent beaucoup plus cher qu’ailleurs dans le monde, le brunch est souvent plus raffiné. Il ne s’agit pas d’une simple importation, mais plutôt d’une véritable intégration dans la culture française.  

Si les jeunes et les citadins étaient les premiers à bruncher, cette pratique intéresse néanmoins de plus en plus de personnes. En famille ou entre amis, on se retrouve autour d’une table où chacun est susceptible de trouver son bonheur. Qu’il soit équilibré, gras, végétarien ou hyper-protéiné, le brunch est toujours gourmand. On a le choix, on mélange les saveurs et les textures dans l’ordre qu’on veut : on passe des œufs Bénédicte, au croissant croustillant en passant par un yaourt onctueux et une gorgée de café énergisante. Comme au petit-déjeuner, il y a plusieurs plats et on mange ce que l’on veut. C’est le déjeuner rêvé des enfants, et des grands enfants. Quel enfant n’a jamais rêvé de remplacer son plat d’épinards contre son bol de céréales au déjeuner ? Avec le brunch ce rêve est réalisable

 

 

C’est convivial et informel à la fois. Le brunch s’affranchit des horaires de repas habituels, et des règles de l’art de la table. Dans la société du XXIème siècle, tout va plus vite, on mange des plats préparés cuits en quelques secondes au micro-onde, les plats de votre restaurant favori sont livrés en moins d’une demie heure. Pourtant c’est dans l’ère du fast-food que le brunch connaît un grand succès. Le brunch est un moment où on essaye de prendre son temps. 

Bruncher c’est faire la grasse matinée au sens propre du terme. L’adjectif « grasse » viendrait de crassus en latin qui signifie épais, et cela voudrait dire que faire la grasse matinée c’est rester dans l’épaisseur du sommeil. L’adjectif grasse peut aussi signifier l’idée qu’en restant au lit, celui qui fait la grasse matinée par son inactivité, s’engraisse. Bruncher après avoir fait la grasse matinée, c’est donc s’engraisser davantage. On fait une grasse matinée, on cuisine du gras, on « fait du gras ». Mais on ne se contente plus de rester au lit jusqu’à 13h, si on n’a pas préparé les gâteaux et les pancakes la veille, on se lève plus tôt pour le faire le jour même. Bruncher c’est changer sa conception du temps. Au lieu des trois repas quotidiens, il n’en reste plus que deux. Au lieu d’une matinée qui s’arrête à 12h et un après-midi, fait durer la matinée jusqu’à quinze heure. On se réveille plus tard et on petit-déjeune en même temps que l’on déjeune. On se sert de ce que l’on veut, il n’y a pas d’ordre, pas de règles. Bruncher c’est faire plus ou moins ce que l’on souhaite de sa journée. Plus question de se presser, on prend le temps de manger, de partager un moment convivial avec ceux qu’on aime. On fait durer le temps autant que l’on peut en changeant les heures de repas. 

Dans une société où la plupart des gens courent après le temps, le brunch est une pause, une bulle de réconfort.  Il est généralement admis que certains se réconfortent en mangeant. Le brunch est réconfortant. Si l’on conçoit le week-end, la fin de semaine comme une pause à la vie quotidienne, on peut concevoir le brunch comme l’inverse du repas de la semaine de travail. Bruncher c’est le contraire de manger sur-le-pouce. 

Cette pratique casse la routine, casse les codes. Elle est considérée comme cool aussi parce qu’elle dérive d’une autre pratique tendance qui est le coconnage (cocooning). Les français casaniers, qui se sentent bien dans leur foyer, sont souvent ceux qui vont bruncher chez eux, ceux qui prendront leur temps. Il y a dans le brunch, l’idée de détente, qu’on retrouve dans l’idée du « cool ». Cette détente est essentielle à la vie quotidienne, elle fait redescendre la pression d’une semaine de travail. On se relaxe après une dure semaine. La recherche du confort, du coconnage marque notre époque. Le brunch est le repas qui s’y prête parfaitement.

On dit souvent qu’au petit-déjeuner, il faut manger comme un roi et au déjeuner comme un prince. Bruncher, c’est se donner l’illusion un matin de vivre comme des rois. Le brunch, parce qu’il apparaît comme un petit-déjeuner complet, apparaît comme un repas bon pour la santé. Le petit-déjeuner est inscrit dans nos esprit comme un bon repas, un repas qui nous fait du bien, celui qui nous fait commencer une bonne journée. Le brunch passe pour un repas diététique alors que ce n’est pas vraiment le cas. On mange trop, car il est souvent très copieux. Pourtant on observe de plus en plus de brunches diététiques : les fruits, la salade, les légumes se font plus présents.

Le brunch offre un tel choix, qu’on ne peut pas dire qu’il soit bon ou mauvais pour la santé en général, tout dépend de la manière dont on le pratique et de sa composition.

Dans une société où le poids des traditions semblent s’atténuer, on revient à des idées de partage, de convivialité par le biais de nouvelles pratiques alimentaires. Finalement on ne perd pas les traditions, on les modernise. Nombreuses sont les civilisations qui se retrouvent en famille ou entre amis autour d’un repas. Le brunch et notamment celui du dimanche, permet de recevoir « à la cool » C’est un repas généreux et festif tout à fait dans l’air du temps. Entre la traditionnelle réception et la volonté d’être cool et branché, le brunch est la solution. Recevoir implique tout de même certaines règles comme celle du dressage de la table. Alors si le dimanche, tout semble permis (en comparaison avec la semaine de travail) on fait quand même des efforts sur la présentation du repas. Le brunch par son abondance, sa diversité de couleurs et de mets est photogénique.

On pourrait même dire médiagénique. Bruncher et poster une photo de son repas sur les réseaux sociaux, c’est s’afficher comme quelqu’un de « cool », quelqu’un de jeune et de moderne qui casse les codes et profite de l’instant présent, même dans le monde de l’immédiateté. Le brunch c’est le partage d’un repas, mais aussi le partage au sens large sur la toile. Les rubriques « Style de vie » se faisant de plus en plus fréquentes dans les médias, on ne s’étonnera donc pas que le mot brunch soit relayé par plus de onze millions de hashtags sur Instagram. Le brunching est une pratique sociale et alimentaire virale. On brunch dans presque tous les pays du monde, dans les plus riches du moins, c’est à la mode. Le brunch apparaît donc aussi comme une pratique sociale qui donne une apparence de modernité, bien que ce repas existe depuis le siècle dernier, il reste d’autant plus actuel dans une société de consommation. Le brunch c’est la corne d’abondance de Ploutos sur la table dominicale des français du XXI ème siècle (ou bien le panier rempli de la ménagère de la société de l’abondance qui rend les hommes de plus en plus dépendant du matériel). Ainsi, nombreux sont ceux qui décident de bruncher tous les dimanches, c’est devenu une habitude.

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BULLE DE MARBRE 2016

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